Voici le récit en trois étapes de la journée normale d’un head designer d’une compagnie très connu. Un sucre avec ça?
Un jeune homme rentra dans la pièce, sac bandoulière à l’épaule, cheveux trimé, jeans & t-shirts stylés. Il imposa sa présence et en moins de deux, ma collègue et moi descendions au rang d’assistante designer. Peu importe, à l’époque mes journées commençaient toujours de la même manière, c’est à dire 5 minutes en retard. Ce n’est pas de ma faute, c’est l’horaire du bus qui est comme ça!
Au même moment, chaque matin suivant, la même phrase retentissait dans la pièce : « bonne après-midi ». Il était 8h35 et me voilà dorénavant en retard.
Un jour auparavant, le VP m’avait lancé d’un ton des plus sérieux : « si tu veux réussir dans le milieu de la mode, il faut que tu boives ben du café pis que tu fumes ben des cigarettes ». J’y pense encore. Qu’est-ce que ça voulait vraiment dire…
Il avait fini par troquer toutes ses addictions par ce head designer qui rentrait le matin d’un air affable mais se transformait aussitôt le coup de midi sonné en un super designer à la parole légère et finissait ses journées comme ton meilleur ami….le plus excitant dans tout ça c’est que le matin suivant tout recommençait, dès 8h35, exactement comme le jour précédent….on aurait dit Le jour de la marmotte.
Étape #1 : Le matin.
Mon nouveau patron, le head designer, un type froid, qu’on pourrait décrire simplement comme un personnage dépressif et maniaque du perfectionnisme, me lançait ce : bonne après-midi glacial tout en regardant l’horloge….ça faisait même pas 12 heures que j’avais quittée le bureau et me voilà déjà en retard sur ma journée. Peu importe, j’en étais déjà à mon 2e boulot et celui-ci je le trouvais prestigieux, probablement parce que tout le monde connaissait cette marque.
Étape #2 : L’après lunch.
Mon nouveau patron, le head designer, un type fort sympathique, qu’on pourrait facilement nommé comme un personnage verbalement rigolo à l’imagination fertile, me disait chaque après-midi : « Écoute, j’ai une bonne blague à te raconter » et ça pouvait durer des heures avant que je puisse reprendre mon travail. Il me racontait même des histoires sur ses amis les petits bonshommes verts qui le suivait de la maison jusqu’au travail. Ça me faisait rire, mais je ne les ais jamais aperçu dans les parages pour autant… Cet homme qui n’avait pas ouvert la bouche de l’avant-midi, autrement que pour me faire remarquer les 5 minutes de retard et pour annoncer l’heure du lunch à midi bien sonné, s’élançait désormais dans des conversations téléphoniques exhaustives avec sa meilleur amie qui exerçait le même métier dans la prestigieuse ville de New York. Peu importe, j’en étais à mon 2e job dans le milieu de la mode et j’étais contente d’être assistante designer.
Étape #3 : La fin de journée.
Mon nouveau patron, le head designer, un type très énergique, qu’on pourrait même dire extraverti était un travailleur acharné qui ne s’épuisait jamais avant d’avoir faxé son dernier style vers 20h30, me disait en chaque fin de journée : « mettons-nous au travail! ». Sa journée à lui commençait enfin et nous travaillions tous finalement jusqu'à ce que l’horloge sonne le coup de 21h00, heure du dernier bus, à ne pas manquer pour ne pas arriver en retard à la maison!
Ça m’a pris des années à comprendre comment ce rythme de travail aurait bien pu s’installer chez ce head designer...des heures que l’on ne compte plus dès 17h00, des styles à inventer sans fin, des tonalités de couleurs tous aussi semblable les unes des autres à définir pour l’année suivante sans oublier les vendeurs qu’il faut toujours convaincre que de la nouveauté c’est pas si mauvais...et pendant ce temps, ma consommation personnelle de café passa du simple café filtre au double espresso allongé en moins de 2.
Alors la question reste, serions-nous tous des super designers sans ces petites addictions?
Voici la suggestion d’une pro : limitez-vous à 2 cafés, 1 sucre!!
De retour avec ce head designer, 5 années ont passées et quelques consommations supplémentaires, il se retrouve aujourd’hui à la tête d’une des plus grandes entreprises du marché de la mode montréalaise.