Voyez-vous, la semaine passée, une rage littéraire s'est emparée de moi. Une rage à en faire rougir de plaisir Wladimir Krysinski, un érudit enseignant de littérature comparée de l'UdeM. Pire que tous les sevrages nicotineux, je devais à tout prix lire la tirade du nez. Pour les incultes parmi vous, je précise avant même le premier sourcillement. "Ah voyons... Je connais ça, la tirade du chose... Y'ont pas fait un film avec l'acteur, là? Celui qui joue avec la fille..."
Oui. Gérard Depardieu, qu'il s'appelle. Cyrano de Bergerac, pièce d'Edmond Rostand est l'oeuvre dont est tirée l'adaptation sur écran d'argent. "Ah ben oui! C'est ça j'disais!" Précisément. J'achève l'illumination de votre lanterne :
C'est un roc!... c'est un pic!... c'est un cap!
Que dis-je, c'est un cap?... C'est une péninsule!
Voilà. Je devais absolument me procurer ce classique pour en savourer les strophes. Ça m'arrive.
Ce classique. Vous en connaissez beaucoup, vous, des classiques? Et d'abord, qu'est-ce que ça prend pour devenir un classique? Les critères? Où est-il le manuel qui a indiqué la marche à suivre aux auteurs de L'écume des jours, Le malade imaginaire, Le Pavillon d'Or ou encore Les Trois Mousquetaires?
Michel Tremblay a-t-il écrit des classiques de la littérature québécoise? Et Marie Laberge? Chrystine Brouillet? Pour ma part, je pense que oui. Je ne pourrais pas par contre justifier le pourquoi de la chose. Est-ce parce qu'ils ont bien écrit au bon moment? Parce qu'ils ont su marquer l'imaginaire québécois? C'est parce qu'on les a étudié à l'école? Ils ne sont même pas morts, parbleu! Oublions l'hypothèse du succès posthume. Basta!
Croyez-vous que c'est peut-être parce qu'on a troqué les classiques contre les bestsellers, vu une rareté de classiques potentiels? Allons. Mary Higgins Clark n'a rien d'un Victor Hugo, et rares sont les sélections du Oprah's Book Club qui seront publiées dans la Bibliothèque La Pléiade aux côtés des Petit Prince et À la recherche du temps perdu.
Peut-être qu'on lit moins (de littérature, de fiction) aussi, tout bêtement. Les classiques passent alors inaperçus. Les pages sont devenues des écrans. On ne tourne, triture, écorne, déchire, surligne plus. On zappe, clique, télécharge, met en sourdine, copie/colle. Ou alors peut-être qu'on ne lit plus (parlant toujours de littérature), point barre.
Peut-être, peut-être, peut-être.
Peut-être ausis que je suis tout simplement une digne représentente de ma génération, X, Y, Z, je ne sais plus, et que je veux du right here, right now, que je m'attends à ce que sorte en librairie un nouveau roman déjà étiquetté "classique".
Ouin. Avant de passer à l'histoire, il faut laisser passer du temps. C'est...peut-être...ça, un classique. Une oeuvre qui survit au passage du temps, malgré qu'on la tourne, triture, écorne, déchire, et surligne, ou qu'on la troque contre du Mary Higgins Clark.
À la fin de l'envoi, je touche.
Bon, et si je terminais Cyrano, question d'entamer la trilogie Millénium qui fait un tabac. C'est tellement bon que, semblerait-il, on parle d'une oeuvre à l'étoffe d'un classique. Exactement ce que je cherchais!