Lorsque vous posez vos fesses sur un banc de théâtre, réalisez-vous que vous participez à une histoire qui est née il y a presque trois mille ans? Appréciez-vous la portée sociale de votre geste? Êtes-vous conscients de son importance? Au théâtre, dire, c'est faire. Poser une question, c'est obliger l'autre à répondre. La construction du dialogue est choisi et orienté par un auteur qui, inévitablement, prend position. En décidant d'y assister, vous en faites tout autant, ou presque.
Le théâtre est né chez les grecs, quelques sept cent ans avant Jésus Christ. Il tire son nom du mot theatron, qui signifie « le lieu d'où on voit ». Ses principales déclinaisons sont toutes aussi claires : drama veut dire « action », dia logus, « deux paroles » et personna signifie « masque ». L'action et la parole sont portées par des doubles de l'être humain, faisant ainsi du théâtre un art collectif.
Si la naissance officielle du théâtre est chez les grecs, l'Histoire l'a vu naître à plusieurs reprises et sous différentes formes (ainsi l'était-il lors des rassemblements religieux de l'Église catholique du Moyen-Âge, par exemple), mais toujours il a été au cœur d'un rassemblement humain. En Grèce Antique, le théâtre est une création de la démocratie. Le pouvoir de la parole est dévastateur ; c'est le lieu des confrontations et de la dialectique. L'écriture du théâtre s'est tranquillement développée jusqu'à ce que naissent des textes complexes, généralement écrits en vers libres. Les premiers auteurs d'importance sont Eshyle, Sophocle et Euripide, quelques quatre cent ans avant Jésus Christ. Ils ont chacun écrit une centaine de pièces dans lesquelles les dieux et les humains se disputent une place dans le monde. Ce sont les bases littéraires des grands mythes grecs que nous connaissons encore aujourd'hui.
Il faut dire que le public moderne est loin de ressembler au public de la Grèce Antique. Maintenant, il est cultivé et connaît le monde dans lequel il vit ; son intérêt est de se divertir, ou d'entrer en dialogue avec des humains tout aussi contemporains que lui. Le théâtre a perdu sa place de tribune sociale, qui a été remplacée par la télévision, les journaux et toutes les manifestations collectives. Nous sommes depuis plusieurs années dans une époque de diversité des sources d'informations et de prises de paroles, nous le savons. Le théâtre est-il boudé? Pourtant il est l'un des arts les plus près de la vie, parce qu'éphémère et fulgurant. Ceux qui ont déjà vécu un choc théâtral le savent autant que moi. La question qui se pose, c'est pourquoi allez-vous au théâtre? Que cherchez-vous? Certains lieux sont plus propices aux affrontements qu'au confort, il suffit de choisir le théâtre qu'il nous faut.
Dans mon prochain article, je vous présenterai nos théâtres montréalais. Qui sait, peut-être trouverez-vous banc à vos fesses?