Quand on se hasarde dans une librairie, arrive toujours le moment où on se retrouve nez à nez avec la section « éveil spirituel », « développement de soi », « culture de l'âme », « compassion et harmonie », ou bien « ésotérisme pour les nuls » ; bref, une section qui souvent nous fait lever les yeux au ciel et rigoler en tapant l'épaule du copain. On se bidonne avec des titres du genre « comment survivre à l'amour », « ces blessures qui dévastent le cœur », « découvrez la vérité en vous », « le chemin de l'espoir » ou « l'enfant en moi a mal » ; on trouve ça quétaine, on plaint ceux qui en ont besoin, et on passe notre chemin. Mais après cette brève incursion dans la possibilité de l'introspection, ne ressentez-vous pas vaguement quelque chose comme... la curiosité?
Non, ce n'est pas de la littérature. Difficile d'écrire sur « la quête de soi » sans sombrer dans le cliché rebutant. On lit quelques lignes et hop : on se sent matante. Mais arrêtons un instant d'écouter la petite voix qui juge. Soyons honnêtes. Réfléchir sur soi-même, c'est essentiel. Ces livres sont de la philosophie. Pop, peut-être. Mais ils peuvent être de bons accompagnateurs de nos vies, même si on les lit en cachette.
Le livre dont je veux vous parler s'appelle Le pouvoir du moment présent, d'Eckhart Tolle. L'une de mes amies, probablement la plus spirituelle de toutes, me l'a prêté alors que je venais de lui dire que je me sentais angoissée, empressée, coincée dans une vie qui va trop vite, donc pas sereine. Le moment présent. On en parle, mais on l'habite rarement. On en est toujours à anticiper ce qui s'en vient ou à ressasser ce qui s'est passé. Pourtant, le seul temps qui existe, c'est le présent. Une seconde après l'autre. Au moment où elles passent. C'est tout. Le reste est de l'imagination, ou de la mémoire.
Le mot « spirituel » nous fait peur. La religion est un sujet sensible. Mais dans la plupart des livres « d'évolution personnelle », il ne s'agit pas de propagande religieuse ; on y parle surtout de principes de vie. Le contact avec les autres, la conception de la mort, la sensibilité aux émotions et aux jugements, la reconnaissance des réflexes sociaux ; bref, ce qu'ils appellent « l'éveil », qui est simplement la prise de conscience de qui nous sommes, de ce que nous faisons, de ce à quoi nous participons, de ce que nous engendrons. Tout ça fait appel au grand vertige que nous ressentons tous quand on prend le temps d'y faire face : celui de notre présence dans l'univers, de notre constitution atomique comme chaque chose qui est, et la vie là-dedans qui est une magie.
Le pouvoir du moment présent est un livre qui se lit lentement. Ne vous laissez par rebuter par l'impression d'avoir affaire à un « guru religieux ». Vous vous rendrez compte que la présence religieuse sert d'exemple. Les êtres humains cherchent à comprendre le divin, la vie, la nature, peu importe le nom qu'on lui donne. Vivre le moment présent, c'est reconnaître que nous sommes éphémères. C'est aussi prendre conscience de notre mental, cette fameuse « petite voix » qui nous parle sans cesse. C'est elle qui nous dit que telle chose est pour nous et que telle chose ne l'est pas, c'est elle qui nourrit des pensées restrictives, c'est elle qui empêche d'accéder au bonheur tout simple. Reconnaître cette petite voix, c'est aussi refuser de s'y identifier. Elle porte nos pensées, d'accord. Mais la vie ne se pense pas, elle se vit. Et c'est par le corps qu'elle vibre.
« Difficile d'en parler sans être quétaine, han? », commente ma petite voix.
Le pouvoir du moment présent, Eckhart Tolle, Éditions Ariane