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Paru le 20 août 2009 par Sarah VEILLEUX-POULIN

Observation générales d’une Québécoise en France—2

Française d'adoption depuis désormais un mois (ou devrais-je plutôt utiliser le terme de "réfugiée climatique" alors qu'en plein mois de février, l'on bénéficie ici d'un très généreux +10 degrés parce qu'au Québec, on parle toujours de la température en terme de négatif), je dois toutefois avouer que dans le cas de certaines situations très précises que j'énumérerai dans le présent article, le Québec me semble décidément plutôt loin et me manque énormément... À vous de me dire si ces quelques désagréments peuvent compenser pour les problèmes de déneigement, la triste fiche des Canadiens, les siennes quotidiennes de la STM ou encore et toujours le "frette" bien senti qui ponctue chacune de vos sorties à l'extérieur...

1. Limite à la globalisation oblige, dénicher un café qui est digne de ce nom relève d'un effort surhumain, voire même d'une expédition des plus aventureuses... Imaginez-vous être en panne de caféine un lundi à 6hrs du matin (parce que les cours débutent ici à 8hrs... C'est dans ce type de situations qu'on remercie les ponchos de l'UQAM d'avoir revendiqué leur droit au sommeil quelques décennies plus tôt...), confortablement installée dans un wagon de métro en sachant pertinemment qu'il vous reste 20 minutes à marcher dans les dédales de Lyon en pleine noirceur avant de rejoindre les murs froids et peu invitants du building de l'Institut d'études politiques, si cours il y a lieu bien sûr... (À ce sujet, veuillez noter mon aversion criante avec les grèves étudiantes et/ou professorales... Je me tairai sur la question pour le bien de ma santé mentale). Vous vous arrêtez dans le seul endroit qui semble offrir une quelconque once de caféine, alors que la rue qui mène à l'université est plutôt ponctuée d'un nombre considérable de brasseries et de salons de coiffure... Rien pour aider, sauf s'il vous vient l'envie prenante de vous faire ajuster le toupet... Bref, vous vous y rendez, croyant enfin être au bord de la rédemption et, du coup, vous demandez un café avec toute la fougue du repenti... Quelle ne fût pas alors votre surprise de vous voir offrir, pour la modique somme de 2 euros, une gorgée d'un liquide noirâtre, et j'insiste ici sur la quantité dérisoire de nectar caféiné qui se trouve dans votre petite tasse en carton... Bon, je peux avouer qu'à ce prix, probablement que la personne en avant de vous, qui vous demande gentiment d'acquitter les frais de votre commande, a sûrement dû se rendre par elle-même chercher les grains de café dans une quelconque plantation chilienne, mais reste que la fonction première du café, qui se veut de vous faire commencer votre journée du bon pied, n'est certainement pas respectée... De ce fait, après plusieurs tentatives infructueuses et désillusions totales qui nous font presque regretter le Tim Horton's, Mathieu s'est finalement risqué à demander quels termes doivent être privilégiés afin d'avoir droit à un café tout ce qu'il y a de plus banal, deux laits un sucre et le tout non servi dans un verre à shooter... C'est avec stupéfaction que le gaillard de la cafétéria de l'université, l'accent aidant, nous regarde, lâchant que le café dont Mathieu avait une telle envie doit être un "grand café latté sucré"... On connaît la facilité avec laquelle les Français savent si bien compliquer les choses, tout le monde le sait... Mais de là à devoir l'écrire afin de ne pas l'oublier, l'absurdité n'en est que plus dérisoire... C'est à se demander pourquoi la France ne bénéficie pas des mêmes privilèges que l'Amérique du Nord, privilèges qui résident dans les "tits cups de lait on the side", qui évitent du même coup un effort soutenu de la part du barrista et qui permet ainsi de doser la juste quantité de lait désirée? Je vous entend déjà me dire que mes commentaires sont complètement futiles et propres aux caprices d'une habituée du Starbucks qui préfère encourager les gros monopoles de la caféine plutôt que de me contenter de mon espresso quotidien... « C’est bon, achète-toi donc une cafetière Veilleux pis arrête de chialer!! » Je vous répondrai alors que vous avez peut-être, voire certainement raison, mais qu'étant donné que je n'ai pas eu ma dose de café ce matin, mon caractère exécrable pourrait facilement prendre le dessus...

2. Considérant que les grèves dans l'histoire de la France ont eu des répercussions sur les heures d'ouverture des magasins et des épiceries, il en ressort ainsi que la planification de vos visites à l’épicerie s’avère des plus ardues, surtout quand on prend en considération que les jours d’ouverture aussi demeurent souvent à la discrétion de tous et chacun… Finies les improvisations de bouffe à la « bonne franquette » sur les coins de comptoir, alors que la moitié des marchés sont fermés la fin de semaine et/ou privilégient la « siesta » entre 13hrs et 15hrs, avant de fermer définitivement à 17hrs… C’est également sans compter que le lundi est le nouveau « jour du seigneur » chez les compatriotes français, et que dénicher un pain tranché au pays de la baguette qui arrache les gencives relève d’une croisade incessante… Dans ces situations, on se surprend à regretter les commodités si gentiment offertes au Jean Coutu à côté du rayon des amis, ou le Provigo qui ne semble jamais fermer l’œil à l’année… Donc, pour la spontanéité à la française, on repassera…

3. Humm, quelle autre bonne raison pourrait être soulevée afin de faire passer encore plus difficilement le "mal du pays", aussi minime soit-il, autre que la gestion de la bureaucratie française qui tend de plus à plus à éviter que les humbles concitoyens puissent tirer outrageusement partie de la société toute entière, le caractère des plus chaotiques des systèmes de classification des bibliothèques (sans compter les bibliothécaires en attente de muscles faciaux leur permettant de sourire) ou les toilettes payantes? Les grèves, bien évidemment! Et oui, je râle, et je râlerai encore tant et aussi longtemps que mon droit à l'éducation, que j'assume comme étant totalement légitime, soit pleinement satisfait... Et je continuerai à le faire, en lâchant toujours quelques jurons bien sentis qui ne seront que compris par moi, en louant le ciel que l'accent puisse, pour une fois, servir à autre chose qu'à me donne des réductions sur mon prochain kébab de fin de soirée ou à me faire dire qu'avec un accent pareil, difficile de se faire oublier! (Tiens Alex, tu l'as ta place dans mon article!) Et oui, même si la classe manifestante s'avère bien différente des ponchos mangeux de patchouli encore pris à l'université 15 ans après la fin régulière de leur bac, situation à laquelle nous sommes habitués du moins à l'UQAM, et que mêmes les cours qui restent en action sont d'un ennui mortel au point où certains s'endorment dans les marches d'escaliers du perron d'une mairie (encore toi Alex!), ici, on revendique à grands coups d'écharpes et de souliers pointus pour se braquer contre les nouvelles réformes proposées par ce très cher Sarko... Comme qu'ils disent ici, "Putain, y'en a marre"!! J'pu capable moé!! C'tu clair ?

SUITE LA SEMAINE PROCHAINE..










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