Observations générales d’une Québécoise en Europe—1
Revenue d’un long et lointain périple de 12 jours, où les seules difficultés rencontrées furent de porter la même paire de jeans plus de 4 fois ou de se rendre à bon port malgré le caractère incompréhensible du nom des rues berlinoises (difficulté toutefois rendue minime après avoir développé un système permettant de se repérer seulement avec les deux premières lettres du nom, sachant que le reste allait nécessairement se terminer par « strasse »… Enfin…), la première constatation qui me vient spontanément à l’esprit est de limiter toute comparaison entre la France et le reste de l’Europe à la quantité de McDonalds qui ponctuent leur centre-ville respectif. Je vous propose donc un bref aperçu de notre épopée en territoires belge, néerlandais et allemand, en prenant bien soin de mettre en relief le caractère distinctif de chacune de ses régions aux intérêts et aux attraits bien différents mais ô combien divertissants… Alors ça va comme suit…
La Belgique
Bruxelles peut définitivement se targuer d’être représentée par trois mots irrémédiablement liés à l’imaginaire culinaire collectif : beaucoup de chocolats (qui, ma foi, ne sont pas nécessairement à la portée de toutes les bourses), un raz-de-marée de stands proposant des gauffres à tous les coins de rue, et beaucoup trop de moules frites, qui font d’ailleurs office d’attraits touristiques et part non moins négligeable de l’identité belge s’il faut se fier à leur présence marquante sur les aimants à frigo. Bref, une ville coquette mais où il ne semble avoir rien de plus à faire que de délier ses papilles gustatives et les trous de ceinture… Il est toutefois à se demander si une ville dont l’emblème s’avère une statuette de gamin qui fait office de fontaine ne devrait pas commencer à se poser quelques questions…
Les Pays-Bas
Amsterdam me laisse toutefois perplexe… Bravant la tempête, le froid et la quantité innombrable de chômeurs parsemant le Red Light un lundi matin, chevauchant nos vélos à « pedal break » comme si Dieu seul savait de quoi le lendemain était fait, nous avons tous pu constater, à des degrés de consternation différent, à quel point Amsterdam, ville européenne du vice telle que citée par quelques Québécois en légère difficulté au lendemain d’une soirée trop bien enfumée, ne fait certainement pas l’unanimité… Bien que la valorisation de l’art soit une priorité, allant même jusqu’à situer les musées au même endroit pour éviter aux quelques « pot heads » aux facultés bien affaiblies intéressés à juger de la qualité des œuvres de Van Gogh de devoir se trimballer à travers les dédales de la ville au complet, Amsterdam demeure une ville où l’industrie du sexe fait décidément rouler toute l’économie locale, au grand plaisir des marchands de bonbons qui vous offrent même quelques pièces bien particulières tirées des atouts masculins et féminins que vous pouvez abondamment examiner au musée du sexe d’à côté… (à vos risques et périls toutefois, à éviter avant et/ou après les repas…) De ce fait, tout, ou presque, le reste étant laissé aux feuilles de Marijane, fait l’apologie du sexe, alors que certains endroits s’avèrent des plus instructifs en vous proposant les joujoux dernier cri visant à offrir des sensations encore plus fortes à ses utilisateurs (vous en parlerez à Alex qui, à la vue d’un poing en latex, a eu quelques convulsions de douleur devant la grosseur du membre… ) et qui, plus souvent qu’autrement, font plutôt office d’outils de torture… Seuls moyens de rédemption dans tout cet amas de chair bien fraîche (parfois quelque peu douteux… ) et ce « night life » dévergondé ponctué de mini-bikinis et de rastas man arborant fièrement le vert, jaune et rouge ? La seule église trônant au centre du Red Light pour les plus aguerris, les auberges de jeunesses vous proposant des spectacles de christian pop le dimanche après-midi (avec costumes assortis, de toute beauté), le « Wok-to-Walk » ou les strumpwaffels (que je ne peux toujours pas écrire correctement même après nombre incalculable de tentatives)… Sachant pertinemment que mon opinion est bien loin d’être partagée, et qu’en dehors des enchevêtrements sinistres vous menant irrémédiablement vers l’un ou l’autre des vices préalablement énumérés, à grand coups de néons saillants et de photos explicites, Amsterdam est autre chose qu’une ville basant sa publicité et son tourisme sur le plus vieux métier du monde, avec des péripatéticiennes pas nécessairement au sommet de leur art, et de la marijuana à profusion attirant de jeunes névrosés et/ou des adeptes de la branlettes au poignet engourdi… Reste à savoir si la capacité de passer outre le nombre important d’Américains exploitant sans vergogne et sans retenue le libéralisme néerlandais peut vous permettre d’apprécier réellement une ville éclipsée par le clinquant des « live sex shows » ou des coffeeshops… À vous de voir…
L’Allemagne
Débarquée en pleine contrée nordique, ayant presque oublié la teneur de l’hiver québécois (on s’habitue assez facilement à l’absence de neige, aux trottoirs toujours accessibles et aux terrasses bondées en plein mois de février), Berlin s’est avérée beaucoup moins froide et peu invitante que son climat… Bien peu préparées à une multitude de tours guidés extérieurs, avec comme seule arme pour nous réchauffer quelques « jumping jacks » bien sentis lancés par le guide, nous avons tout de même réussi à réaliser à quel point ses habitants ne se gênent certainement pas pour accoster deux touristes (en l’occurrence, Emily et moi), désemparées et cachées derrière leur carte cherchant désespérément un musée afin de les guider sur leur route, ma foi, résolument enneigée… Fière d’une culture underground débridée, où les graffitis surplombent les renégats de la présence soviétique dans l’Est (qui se caractérise encore par la difficulté à avoir de l’eau chaude à tous moments… Croyez-en ma douche froide après 5 heures passées sous la barre des 0 degrés, à tout le moins rafraîchissante…), Berlin sait marier savamment hommes en costards dans un métro en marche à toutes heures de la nuit les week-ends et jeunes punks aux cheveux décolorés arborant fièrement les piquants et le bulldog assorti en buvant leur canette de Jack Daniels… Toutefois intimidant mais la langue aidant, il ne nous a pas été donné de comprendre si l’on se faisait réellement vilipender pour avoir osé regarder le cabot d’un mauvais œil ou s’ils discutaient des dernières infos parues dans le plus récent magazine d’adolescents à potins… Bref, la capitale allemande se veut un pont efficace entre les structures des anciens régimes et la modernité, encouragée par un nombre incalculable d’attaques et de tirs de mortiers qui sont encore palpables aujourd’hui… Berlin est ainsi une ville meurtrie, une ville qui tente réellement d’oublier à quel point elle a été le théâtre d’un nombre considérable d’atrocités et cherche à redonner aux lieux qui y sont rattachés une insignifiance telle que le reste de la population peut désormais tourner l’une des pages les plus sombres de l’humanité… On se tait, on présente les faits tels qu’ils sont et même la population allemande, sans vouloir renier le passé qui les guette à chaque coin de rue, demeure bien consciente de l’image qu’en ont les Nord-Américains que nous sommes, carburant à la représentation de la Deuxième Guerre Mondiale que nous a donnée le soldat Ryan ou les cours d’histoire… Piétinant l’endroit où plus de 20 000 livres ont été brûlés en 1933, contemplant la seule cathédrale encore debout depuis le bombardement de Berlin en 1944, l’Histoire avec un grand « H » se veut beaucoup plus palpable que le joli minois de Matt Damon ou les grosses explosions à la Spielberg… Ne reste toutefois du régime nazi et du stalinisme d’après-guerre qu’un parking ayant jadis servit à accueillir le dernier bunker d’Hitler, quelques pans de murs qui, bien que relativement insignifiants pour certains, s’avèrent empreints d’une symbolique particulière quand on s’y attarde réellement chez d’autres, et des enceintes ayant abrité les locaux des forces militaires allemandes reconverties en musée ou en immeubles à bureaux… Rien de bien alléchant pour les fervents adeptes du néo-nazisme et c’est certainement mieux comme ça…
En bonnes étudiantes en relations internationales que nous sommes, nous étant imprégnées de l’aura de désolation qui régnait sur Berlin, mais ayant toutefois comprit que la capitale allemande avait désormais beaucoup plus à offrir que quelques tanks en exposition, nous firent toutefois escale à Cologne (en voiture, où les Allemands sont facilement reconnus pour faire fi des limites de vitesse… Et notre chauffeur n’y faisait certainement pas exception !) avant de retourner à notre deuxième chez-soi respectif… Oui, ville-mère de l’eau de Cologne, autrefois extrêmement prisée par Napoléon lui-même (lui aurait-on voué certains attributs ayant permit à l’empereur d’étendre son règne ?), la ville tout entière vibrait au rythme du carnaval célébrant les multiples excès précédant le Carême… Wow ! Une rumba non-stop où les bars ne ferment jamais (je vous entend déjà saliver, vous qui devez vous contenter d’un maigre 3hrs du matin…) et où la bière coûte beaucoup moins cher que les toilettes payantes (qu’elles soient damnées ces foutues toilettes payantes, surtout en Allemagne, qui peut se vanter d’offrir la satisfaction des besoins physiologiques de base la plus chère de toute l’Europe !)… Des gens costumés partout, chantant les hymnes de la victoire du club de foot de Cologne sur Francfort, des caissons de bière à profusion et, tenez-vous bien, aucune vitrine endommagée par les fêtards ! De quoi faire honte aux quelques supporters des Canadiens descendus sur la Ste-Catherine alors que nos Glorieux se rendaient en huitième de finale… Tout ça pour prouver encore une fois à quel point les Allemands, jamais en mal de célébration, savent au moins se comporter en gentleman et sont conscients des privilèges qui leur sont octroyés de boire dans les rues et de fêter jusqu’à ce qu’épuisement s’ensuive… On aurait peut-être avantage à prendre exemple sur l’Allemagne et en tirer une leçon autre que de se convertir à la Beck’s ou manger de la saucisse… Comme dirait Emily, « ouin, ben l’Allemagne, ça rock pas mal » ! Et oui, t’as tout comprit !
C’est ainsi que s’est terminée notre épopée… 12 jours à vivre dans son backpack, à rencontrer des gens tous plus intéressants les uns que les autres, 12 jours qui ont définitivement fait oublier les orteils gelées (merci pour les bons soins Alex !), les bottes mouillées à perpétuité, environ 20 heures de transport et les carences en sommeil qui font ressortir le côté râleur en chacun de nous (là-dessus, je t’exclus Émily !)… 12 jours où la Beauceronne a rencontré son homologue sous le Brandenburg Tor (oui oui, le monde est minuscule !), où l’estomac fût sérieusement sollicité et où les voyageuses que nous sommes ont certainement apprit à se débrouiller dans une contrée qui peut au départ se montrer hostile, mais qui finit toujours par être facilement apprivoisée…