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Paru le 04 septembre 2009 par Sarah VEILLEUX-POULIN

Observations générales d’une Québécoise en Europe--2

Après un demi semestre rongé par la grève, et où la sieste quotidienne et le flegme au départ inhabituels sont désormais monnaie courante, la seule option qui s’offre à nous et qui nous permet de nous évader de toutes ces assemblées générales chaotiques aux relents de fascisme et de ses slogans haineux maudissant Sarco brandis en cœur dans les locaux de l’IEP, est de partir sans remords vers des contrées où le terme « grève » représente en soi une utopie surréaliste digne des plus fervents adeptes du Léninisme. Bref, profitant du temps libre qui pullule véhément entre mes mains, et ayant épuisé tous les recours d’activités possibles, du tricot aux cours d’allemands en passant par les suites de Huntingdon (vous m’en voyez ainsi complètement découragée), je profitai de quelques jours de libres (certainement pas ce qui manque dans notre situation ) afin de rendre visite à notre très chère Reine, chef incontestée de l’État canadien, et du même coup de faire un petit détour par les îles irlandaises afin de fêter la St-Patrick comme seuls les néophytes savent le faire… Compte rendu d’un périple ayant certainement permis de nous faire réaliser à quel point les échanges étudiants, et tous les désagréments qui s’y rattachent bien malgré nous, valent nécessairement la peine d’être vécus…

Angleterre
Perdues au pays des autobus rouges et de la circulation contraire (habitude qui se prend assez rapidement mais qui se perd beaucoup plus difficilement), épatées par Big Ben et le reflet dorée de ses aiguilles qui brillent systématiquement au soleil (« Sérieux, y’é vraiment beau Big Ben, j’en reviens pas ! ») et inexorablement déçues par le caractère froid et monolithique du Palais de Buckingham, à l’image de sa plus célèbre occupante et non de ses accoutrements tous plus hideux les uns que les autres, Catherine et moi étions fascinées par la capitale londonienne au même titre qu’un gamin recevant une poignée de main de son idole sur patins favorite. Faisant fi de l’exécrable réputation de la météo anglaise, alors que la soleil a su se montrer plus que présent, nous parcoururent avec assiduité les nombreux espaces verts mis à la disposition des plus avides joggeurs, prenant même la peine de constater à quel point les déjections canines se voulaient relativement rares en comparaison de celles qui pullulent gentiment sur les trottoirs lyonnais. Malgré le caractère presque aseptisé de Londres, comme si l’omniprésence de la royauté se devait absolument d’être appliquée à toutes les sphères de l’activité urbaine, il est toutefois intéressant de constater le paradoxe anglais en soi, où les affiches des services de proxénétisme ternissent à jamais les mythiques cabines téléphoniques rouges, et où les résidus de mouettes ponctuent généreusement les différents monuments dédiés à la mémoires de tous les combats auxquels les Britanniques, à grand coup de volontés impériales, ont vu tomber plusieurs soldats dans la foulée. Et non, nonobstant toute notre bonne volonté à vouloir reproduire à la perfection la pochette de « Abbey Road » malgré la présence touristique importante sur l’artère presque déserte un dimanche matin, et les automobilistes plus qu’habitués et assez courtois pour laisser les fans en pèlerinage tenter de demeurer en place même lorsque le feu tourne au vert, Jude Law et Gavin Rossdale nous ont fait faux bonds… Peut-être ont-ils préféré demeurer tranquillement chez eux, alors que la Lohan enguirlandait vivement sa « on-and-off girlfriend » dans les rues de Nothing Hill tout en faisant la joie des tabloïdes locaux… Reste que London et son « afternoon tea » demeurent un « must see », sans compter qu’un petit détour pour constater à quel point le chef de l’État canadien, qui ne se résume qu’à bien peu de choses, si ce n’est que quelques cartes postales aux bijoux grandeur nature, vaut décidément la peine d’être vécu… “God save the Queen”, et pourrait peut-être du même coup tenter de faire oublier les nombreuses controverses liées aux tendances racistes des propos du rouquin Prince Harry…

Irlande
Point culminant de notre échange en Europe, premier voyage planifié dans un café récemment découvert, la visite en Irlande relevait, pour ma part, d’un rêve nourri dès mon plus jeune âge. Malgré les décors de carte postale de la côte nord-irlandaise, où les plateaux verdoyants corroborent l’image que vous avez toujours eu de ce que représentait l’Irlande en soi, le fait le plus marquant de notre voyage, en plus de l’excentrique personnalité, quoique extrêmement attachante, de notre « couchsurfing host » qui carburait aux boissons énergétiques, fût sans contredit la tension palpable et omniprésente en Irlande du Nord. N’ayant réussit à mettre de côté des siècles de rivalités entre Catholiques et Protestants et ce, malgré la bonne volonté des leaders locaux et des Accords de 1998, Belfast est une ville dormante où les moindres allusions à la Couronne britannique peuvent déclencher les passions les plus foudroyantes. Constamment rappelé par les murales qui jonchent les quartiers résidentiels, où l’on se fait un devoir de mettre à l'avant plan le sort et le patriotisme de ceux qui ont laissé leur vie pour le rattachement à l’empire britannique ou à la république irlandaise, l’antagonisme entoure tous les pans de l’activité de la communauté, alors que les couleurs de « l’Union Jack » au ras des trottoirs délimitent les quartiers loyalistes, que les postes de police revêtent plutôt des allures de bunkers tel qu’on les connaissait jadis avant la fin des Hell’s et les auto-patrouilles portent le surnom affectueux de « Zambonis ». Bref, rien de bien joyeux certes, si ce n’est que de la musique « live » garantie par de vieux groupes de joueurs de banjos toujours prêts à mettre la fête dans de bien réels pubs irlandais aux relents d’odeurs de Jameson et de Guinness… Malgré tout, une très bonne compagnie représentant les quatre coins de la planète, quelques matelas gonflables entassés dans un salon à la proprété douteuse, une joute de soccer improvisée et le « S.O.S Bus » qui offrait à tout ceux aux capacités affaiblies quelques danoises réconfortantes, ont su faire de notre passage à Belfast une expérience des plus inoubliables…

Laissant de côté les tensions politiques et la duplicité d'une ville constamment tiraillée, nous prirent alors la direction de la capitale irlandaise pour célébrer la fête nationale comme il se devait. Armées de nos plus beaux « shamrocks » et chassant désespérément le « mâle roux irlandais » pour en faire un accessoire de décoration, nous parcoururent les rues festives de Dublin à la recherche de la représentation parfaite de la présence canadienne en Irlande, à savoir le café Tim Horton’s. Bien qu’Emily se disait une fan plutôt timide de café, ne cessant de me demander pourquoi je cherchais tant à boire du café « qui goûte l’eau », elle céda finalement devant les cafés lattés offerts par les machines distributrices présentes dans les supermarchés. « Y’ont même du café latté pis y’en a même pas au Québec ! » s’exclamait-elle, avouant alors que « ça faisait quand même bien la job ». Un petit coup de pouce qui a su être agréablement utile aux lendemains de la St-Paddy’s, alors que Temple Bar se voulait décidément plus américain qu’irlandais et que les leprechaun se sont finalement terré dans leur cachette, bien entourés de leurs pots d’or. À vivre au moins une fois dans sa vie et ce, en dépit du fait que la parade annuelle montréalaise doit certainement être plus traditionnelle que celle présentée à Dublin, où les les chars en fibres de verre ne contenaient aucun danseur de claquettes ni farfadet malveillants. Reste que la ville carbure au vert, aux milliers de touristes qui font rouler l’économie locale en achetant nombre impressionnant de « coffee mugs » aux slogans tous plus imaginatifs les uns que les autres, et qu’on s’y laisse facilement prendre au jeu…










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